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 MessagePosté: 02 Oct 2017 18:06      Sujet du message: Re: Lecture
 
Koala apaisé
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Ce n'est pas vraiment propre à l'Histoire. En fac, de manière générale, tu fais ton cours avec la biblio.
Les amphi, les TDs et autres modules sont une base plus qu'autre chose. C'est d'ailleurs un des gros problème de passage de certains étudiants qui se croient encore au lycée et ne considèrent que ce qu'on leur file en cours. C'est un contexte où tu dois commencer à te sortir un peu les doigts du cul et à développer ton indépendance de travail et de recherche.

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"We're not multiple personalities. We're many personalities.
One of my personalities happens to be a multiple personality, but that doesn't make me a multiple personality. I'm looking for a little nuance here. It spokes to the schyzophrene in me. Well, both of them actually."


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 MessagePosté: 02 Oct 2017 18:50      Sujet du message: Re: Lecture
 
Mortel évolué
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JeanW. a écrit:
'RDC' permet de situer graphiquement la scène sans s'écarter du sujet,
aristide aurait peut-être préféré 'Bemba' mais aurait-il été pour autant plus avancé ?

aristide a écrit:
Le noob en géo aussi.


Pour commencer, ceci :
https://en.wikipedia.org/wiki/Lake_Bangweulu

Ensuite, cela :
https://en.wikipedia.org/wiki/Luapula_Province

#YouAreFakeNews

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 MessagePosté: 02 Oct 2017 18:54      Sujet du message: Re: Lecture
 
Angel
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Third_Eye a écrit:
Ce n'est pas vraiment propre à l'Histoire. En fac, de manière générale, tu fais ton cours avec la biblio.
Les amphi, les TDs et autres modules sont une base plus qu'autre chose. C'est d'ailleurs un des gros problème de passage de certains étudiants qui se croient encore au lycée et ne considèrent que ce qu'on leur file en cours. C'est un contexte où tu dois commencer à te sortir un peu les doigts du cul et à développer ton indépendance de travail et de recherche.


C'est exactement ça.

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 MessagePosté: 02 Oct 2017 19:57      Sujet du message: Re: Lecture
 
Koala apaisé
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Désolé je ne me souviens plus exactement de ton taf, t'es prof ou autre ? J'ai un doute...
Si oui, est-ce des choses que tu as eu à gérer avec des élèves ?

Si je me replonge dans mes années fac, la capacité à s'éduquer par soi-même était clairement un des facteurs déterminants de la réussite des étudiants.

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 MessagePosté: 03 Oct 2017 08:04      Sujet du message: Re: Lecture
 
Angel
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Third_Eye a écrit:
Désolé je ne me souviens plus exactement de ton taf, t'es prof ou autre ? J'ai un doute...
Si oui, est-ce des choses que tu as eu à gérer avec des élèves ?

Si je me replonge dans mes années fac, la capacité à s'éduquer par soi-même était clairement un des facteurs déterminants de la réussite des étudiants.


Oui, c'est bien ça. Prof. En lycée depuis 2 ans. J'ai fait du collège pendant 6 ans, et du supérieur pendant 3 ans aussi.

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 MessagePosté: 03 Oct 2017 12:15      Sujet du message: Re: Lecture
 
Koala apaisé
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Ok cool.
Du coup, il y a des choses mises en place pour la transition des élèves vers l'après-bac ? De mon temps, absolument aucun prof n'avait ne serait-ce que mentionné le changement radical de méthode de travail après le lycée. En y repensant, c'était assez irresponsable.

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 MessagePosté: 03 Oct 2017 13:07      Sujet du message: Re: Lecture
 
Angel
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Inscription: 27 Juil 2006 21:30
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Third_Eye a écrit:
Ok cool.
Du coup, il y a des choses mises en place pour la transition des élèves vers l'après-bac ? De mon temps, absolument aucun prof n'avait ne serait-ce que mentionné le changement radical de méthode de travail après le lycée. En y repensant, c'était assez irresponsable.


Ça doit dépendre des lycées.
Dans le mien, le niveau est assez élevé. La plupart vise médecine, droit et des prepas eco, sciences humaines et scientifiques. Y en a pas des masses qui vont en fac autre que médecine et droit. On fait également une prépa sciences politiques pour les neo bacheliers, ce qui n’est pas le cas de tous les lycées non plus... Du coup, on leur met un peu la pression pour qu’ils soient efficaces dès les premiers jours dans le supérieur, mais nous aussi on se la met pour que ça marche bien pour eux.
Après, on peut se permettre de proposer des cours de methodo tout au long du lycée en plus des obligations propres aux programmes (2h d’AP par semaine obligatoire (accompagnement personnalisé)). Les capacités et méthodes du lycée sont de toute façon en partie axées sur le travail en autonomie. De fait on travaille avec eux ces méthodes de prises de notes, de recherche personnelle, etc., pour qu'ils soient opérationnels au bac et après.
Par contre, j’ai des amis qui enseignent dans des lycées où la diversité des niveaux ne permet pas une systématisation de ces activités annexes. Il y en a forcément pendant les cours quelques soient les matières (les heures d'AP), mais pas sous formes de modules ou de cours en plus des heures imposées par l'EN.

Mais au fond, c'est aux profs de faire leur boulot jusqu'au bout. Y en a une quantité qui restent dans des méthodes de travail et d'évaluation un peu anciennes, du type (pour l'histoire géo) : cours magistral, un peu d'exercices sur des documents, et évaluation sommative (IE ou DS) en classe et devoir à faire la maison ou en classe (bosser un corpus documentaire par exemple). Forcément, les méthodes de travail en autonomie sont un peu réduites. Alors qu'ils pourraient varier un peu plus leurs évaluations : les faire travailler en amont d'un chapitre de 5-6h l'un des derniers thèmes du chapitre chez eux, en leur donnant des liens, des pistes de recherche, en leur proposant de mutualiser leurs boulots sur des espaces numériques de travail, d'utiliser le cloud, d'envoyer tout ça par mail ; d'évaluer les élèves autrement que par un barème classique qui donne une note sur 20, de décomposer un exercice de type analyse de document par exemple, en plusieurs capacités et de leur montrer ce barème pour qu'ils sachent vers où aller. Au final, en classe on serait plus dans la remédiation et l'approfondissement (c'est en gros le principe de ce qu'on appelle "la classe inversée"). Mais ça demande beaucoup de boulot...
Pour te donner un exemple personnel, à cause de mes problèmes de santé, j'ai du m'absenter ces deux dernières semaines. C'était prévu (une opération chirurgicale banale). Du coup, en fonction des niveaux que j'avais, j'ai mis des activités assez spécifiques en ligne sur l'espace numérique de travail du lycée (et sur un site que j'ai créé pour l'occasion). Mes premières S ont du faire un travail de recherche et de rédaction de type composition, avec 4 capacités évaluées (ils ont eu le tableau avec les différents "stades" d'acquisition de chacune des capacités), et me l'envoyer par mail pour une date butoir. Ils l'ont tous fait. J'ai reçu 95 mails en 2 jours, à traiter, corriger, 95 tableaux à compléter (vive les applications), et tout renvoyer personnellement pour qu'ils puissent se servir de cela pour réviser leur DS qui vient cette semaine avec un exercice similaire. Là tu bosses leur autonomie à mort, et tu varies les évaluations.
Pareil, avec mes Terminales S. Pour pas perdre de temps dans le programme (qui est très soutenu pour le bac), je leur ai demandé un travail d'analyse de doc à faire en une heure + de la prise de notes d'un cours sur un chapitre que j'ai réalisé en vidéo (1h de vidéo pour 3h de cours) et mis à leur disposition, en précisant que seule la dernière partie du chapitre serait faite en classe, histoire de revenir sur quelques points mal compris. Les élèves l'ont fait, et se sont rendus compte que la prise de note + apprentissage de ce genre d'activité nécessité de croiser d'autres sources (leurs manuels, des annales du bac, etc.) pour compléter le cours pour le bac... Tu imagines bien que la préparation de tout cela est chronophage, et qu'il m'aurait été plus facile de photocopier mon cours sur poly et de leur filer en disant de l'apprendre. C'est ce que d'autres collègues font trop facilement en cas de retard ou d'absence, mais méthodologiquement c'est zéro pour le futur étudiant. Alors que de se frotter à la prise de note de vidéos, façon mooc et FUN (France université numérique), ça, ça leur sera utile, car c'est ce qui se fait maintenant dans les universités et les écoles.
Les structures des lycées c'est une chose. Mais l'implication des enseignants dans ce genre de pratiques pédagogiques c'est tout aussi primordial... mais c'est plus fatigant, peu valorisant à court terme, et des heures non payées (on dépasse le rapport de 1 sur 2, une heure devant une classe = 2 heures de préparation (enfin en premières et terminales, on a des heures de chaire en plus, mais bon c'est dérisoire)).
Bon, j'ai fait un pavé plus long que prévu, et y ai mis un peu de mon expérience personnelle, mais j'espère que ce sera clair du coup.

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 MessagePosté: 05 Oct 2017 19:49      Sujet du message: Re: Lecture
 
Mortel évolué
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Celimbrimbor a écrit:
Encore une fois : je ne comprends pas et la réponse déploie trop de sérieux pour que je l'évacue en blague. Donc, je continue avec mes interrogations.

Psst, Celimbrimbor,
et si, au lieu de me laisser faire la preuve que ce que j'écris n'est pas une ineptie,
tu nous le montrais, justement, ce sérieux.

Moralist assessment©
est le concept par lequel je m'explique toutes ces 'responsabilités' dont on nous bassine nuit et jour, toi compris, même dans les endroits les plus improbables.

Tu dois en être tellement saturé que tu ne les remarques même pas :

"Tout au long de son histoire, l'Université s'est engagée par une sociabilité, juste, équitable, solidaire et fraternelle."
"Homo? bi? trans? friendly? Viens comme tu es !"
"My body, my choice."
etc etc

Reviens donc nous expliquer ce que tu entends par "il faut être humain avant tout" et par "assumer l'histoire" après ça.

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 MessagePosté: 07 Oct 2017 02:43      Sujet du message: Re: Lecture
 
Archangel
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C'est peut être vrai qu'il faut lire peu et bien et en profondeur et essayer de comprendre tout ce qu'on lit. N'empêche que moi je suis un fan d'histoire et c'est surtout pour satisfaire ma soif de scénarios que je lis...

Du coup j'ai commencé Bangkok 8 et c'est franchement pas mal!


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 MessagePosté: 07 Oct 2017 15:00      Sujet du message: Re: Lecture
 
Archangel
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La nuit juste avant les forêts, B.-M. Koltès,

Monologue d'un seul personnage sur scène, qui en interpelle un autre qui ne parlera jamais, la pièce préfigure forcément Dans la solitude des champs de coton. Koltès met à nu un personnage, un autre, passé par toutes les tracasseries, de la pauvreté à la débauche à l'alcoolisme à la fuite à la ratonnade et j'en oublie encore. Et dans une tirade effrénée, haletante, il se dévoile peu à peu, urgent de se dire pour être vu, compris, peut-être.
J'ai eu la chance de la voir montée par un comédien il y a peu. La lire n'a fait qu'ajouter au sentiment d'actualité que j'en ai tiré. C'est une lecture plaisante.

Baal, B. Brecht.

Une enflure, que cette pièce, une gigantesque enflure à la mesure de son gigantesque personnage principal, ogre fou, qui dévore la vie et la fuit autant qu'il peut. Chantre d'une certaine sauvagerie, Baal se montre toujours en chemin, en mouvement, en fuite d'un point à un autre, incapable de s'ancrer, de se trouver ancrer quelque part. Il égrène dans sa course des pensées, des poèmes, des élégies, des prières. Et finalement, il s'éteint, rejoignant le ciel qu'il trouve si proche et si beau.
Une enflure, donc. Et un bon moment.

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 MessagePosté: 15 Oct 2017 16:59      Sujet du message: Re: Lecture
 
Mortel évolué
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aristide a écrit:
Mais quiconque a lu sérieusement du Dostoievski sait qu'il rééquilibre chacune des affirmations de ses personnages par d'autres tirades venant d'autres personnages.
A un Ivan, il y a toujours un Aliocha ou Dmitri.
A la crise de foi et au matérialisme d'Ivan, on retrouve toujours la foi pure et la naïve d'Aliocha ou l'agitation de surface et le grand coeur bourru d'un Dmitri...

Ne penses-tu pas que le caractère de ces 3 frères - pour ne pas dire 4 - est un morcellement de l'âme russe, avec toutes ses contradictions ?

Le nihilisme de Dostoievsky a très certainement derrière lui l'opposition spiritualisme/ matérialisme.
Ivan, qui discourt avec le Diable, comme le Faust de Goethe, n'est donc pas matérialiste.

Le 'grand coeur' bourru de Dmitri ?
Plutôt un Raskolnikov manqué, d'ailleurs il croît plus en Ivan qu'en lui-même (Epilogue, chap.2 : 'Ivan est notre esprit supérieur, c'est à lui de vivre, pas à nous. Il guérira')

aristide a écrit:
Bref, tu ne réponds pas en termes karamazoviens en fait, mais trrrrès partiellement karamazoviens. Comme toujours, de l'à peu près.

Tu vois comme je te retourne poliment le compliment.

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 MessagePosté: 31 Oct 2017 11:11      Sujet du message: Re: Lecture
 
Archangel
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Il faut différer la réponse, pour digérer correctement la question. Or donc.

Être humain, pour moi, à mon avis, selon moi, d'après moi, selon mon opinion (normalement, c'est clair) c'est être noble. Il s'agirait pour moi, après lecture de F. Fanon, mais aussi de tout ce que j'ai lu auparavant et qui produit bien malgré soi cette pissotière poisseuse que j'appelle ma pensée, de reconnaître soi partout en l'autre et l'autre partout en soi, quel que soit l'autre et quel soit ce "soi". Je vais essayer d'être rigoureux.

Il faudrait déjà accepter l'histoire, ce qui reviendrait à être vrai. Accepter l'histoire dans son ensemble, sans en ôter ce qui nous gêne, sans mettre en avant ce qui nous plaît, sans ignorer les zones d'ombre et sans se focaliser sur sa propre histoire seule. Il me semble nécessaire de prendre sur soi et de la même façon l'histoire de son début de computation jusque jour après jour au moment où elle se fait. Faire sien tout à la fois le colon Européen qui trucide de le l'Amérindien pour lui voler sa terre comme le résistant Polonais qui sauve des vies au risque de la sienne. Admettre comme soi-même la grand-mère tondue à la libération et Gandhi (1). En somme : prendre les contradictions de l'humain au cours des âges et les accepter, les prendre sur soi, en soi, pour soi. Faire de chaque catastrophe ou de chaque triomphe le sien, faire de chacun de ses catastrophes ou de chacun de ses triomphes celui de l'humain entier afin non pas de relativiser mais au contraire de comprendre où "je" s'inscrit, d'où "je" parle. Tout cela sans biais moral, c'est-à-dire sans attribuer de bon ou de mauvais point à cette histoire, chaque étape, chaque moment en valant un autre, pesant de la même façon qu'un autre. Donc : infiniment ; ou encore : rien.
L'histoire étant avant toute une chose politique, il sera facile de m'opposer qu'aujourd'hui on est plutôt fier d'être un Juste parmi les nations mais que demain on sera peut-être plutôt fier d'être un délateur au long court. Cela serait supposer retirer de l'histoire un bénéfice. Or là n'est pas mon propos, même si, à terme, on retrouvera l'idée de morale.
Accepter l'histoire ne servirait pas à se faire mousser en soirée mondaine. En fait même, cela ne servirait à rien sinon à savoir d'où "je" vient et qui "je" est. Et par là, justement, de sortir de la contingence sociale. Ce qui ne signifie pas s'extraire de son milieu mais plutôt le reconnaître, en reconnaître les biais, les forces gravitationnelles et d'essayer de s'en dégager. En acceptant l'histoire, l'individu deviendrait libre en puissance et en puissance seulement. À lui, après, de le devenir en acte.
Cette idée d'acceptation de l'histoire rendrait l'humain seul juge de son action sous les cieux précisément parce qu'en tant qu'humain, il est l'hypostase de l'histoire entière, de l'humanité pleine, passée, présente et à venir. Chaque acte devrait alors être évalué à cette aune. On perçoit assez bien ce que cela peut avoir tout à la fois d'impossible et d'écrasant. L'individu devrait alors non seulement être une somme historique sans équivalent mais aussi un nouvel Atlas (ou Hercule, au choix) et accomplir quoi que ce soit deviendrait un travail titanesque. Or il me semble que non, pour la même raison que l'union du dionysiaque et de l'apollinien est léger(2). En fait, précisément du fait de la liberté permise par l'acceptation de l'histoire, l'individu s'extrairait de la notion de morale. Il serait.

Au cœur de ma notion d'être humain, il y a l'autre. Et cet autre n'est pas n'importe qui, puisqu'il est littéralement tout le monde. De Jacques mon cousin raciste à cet aborigène d'Australie dont je ne connais pas le nom. Cet autre et "je" sont la même chose. Il s'agirait de sortir du réflexe "eux vs nous", qui deviendrait impossible puisqu'il n'y aurait qu'un gigantesque, collectif et foutraque "je". De là, il n'y aurait plus de raison de protéger sa famille, sa tribu, son clan, son pays, sa nation ou ultimement son espèce. L'altérité devrait se présenter comme rigoureusement égale à soi par essence, qu'elle se présente sous forme animale (humaine inclue), végétale ou autre. Après cela, il faudrait accepter les règles du jeu posées à un moment donné et faire avec, que cela signifie les suivre à la lettre, lutter contre elles, tâcher de les faire évoluer, ou n'importe quelle autre attitude.
Avec cet humain-là, l'univers entier se confondrait. Ce qui ramènerait la lutte à un autre niveau, voire la supprimerait (3). L'humain serait cette chose capable de faire soi tout ce que est, sans trembler de peur devant. Il serait beau, par essence même, car il serait sans crainte.

Et de là, il serait fondamentalement "bon". La peur est le premier moteur de l'errance. La peur de perdre son statut social, son compagnon, sa vie, son argent, sa place, etc. La peur de l'autre. Or, si ce que j'ai raconté se tient un peu, être humain serait être sans peur de l'autre, puisqu'il n'y a plus d'autre, que de "je" différents et essentiellement identiques, partageant la même histoire, acceptant la même histoire. Donc il n'y aurait plus de raison de craindre donc de lutter "je" contre "je". S'agit-il d'un retour à la morale ? Peut-être mais quelqu'un l'exprimera sans doute mieux que moi. Pour ma part, il s'agit d'un mouvement mécanique qui ne peut qu'advenir à ce point où être humain devient être vrai, être beau et donc être bon, même si je sais aussi à quelles gémonies on peut vouer Platon.

Posons là une dernière chose : la difficulté. Il me semble avoir écrit qu'il était difficile d'être humain, je le maintiens au terme de cette soupe fumeuse. S'extraire de l'histoire comme contingence, s'extraire de la peur de l'autre et faire de ce-dernier un "je" comme soi, rester bon, tout ceci n'a rien d'aisé (4). Ce qui ôte toute opérabilité à la définition. Qui serait humain, selon elle ? Moi, sûrement pas. Qui le prétendrait ? Un messie sorti de nulle part ? Non. Faut-il en faire un idéal à atteindre ? Non plus, car l'idéal n'est que croyance et la croyance est le secours du faible. Or cet humain ne pourrait être faible, car il aurait peur alors. Il faudrait se conformer à cette définition, la rendre actuelle en chaque acte, chaque geste, chaque moment. Son exigence servirait tout à la fois de repoussoir et d'exemple. Être ainsi serait être humain, au-delà de la bête que "je" est d'abord.
Il s'agit d'une discipline de vie, d'être. Ainsi, ce serait cela, être humain. S'efforcer d'être noble : vrai, beau et bon ; humain.



(1) Tous les exemples sont fictifs et ne servent qu'à illustrer le propos, l'extrémiser pour des réductions à l'absurde ou l'éclairer au besoin.
(2) F. Nietzsche, Naissance de la tragédie : dans les paragraphes finaux, Nietzsche développe, je crois me souvenir, l'idée de ce couple uni comme une barque sereine dans l’œil d'une tempête qui fait rage tout autour. L'image me plaît beaucoup et correspond à ce que j'entends par acceptation de l'histoire. La différence tient en ce que Nietzsche parle de soulever les voiles de la réalité pour accéder à une réalité première, une.
(3) Si je maîtrisais (ou simplement, "connaissais") ce que F. Nietzsche appelle "la volonté de puissance", j'intégrerais une réflexion dessus à cet emplacement. Qu'il me soit permis d'hasarder quelques remarques tout de même. Il faudrait d'abord déplacer la volonté de puissance de l'individu à une entité plus grande. L'espèce dans son intégralité par exemple. Mieux encore, l'univers entier (mais je suppose que cela devra attendre une connaissance plus précise, incapables déjà que nous sommes de nous atteler à déplacer la volonté de puissance d'un "je" à la planète, par exemple). S'en suivrait non plus une lutte mais une coopération (bon, je sais, survie du plus apte, tout ça, rêve idiot mais je ne serais pas moi si je n'étais pas rêveur).
(4) Nouvel aveu d'inculture : tout cela porte-t-il des marques de ressemblances avec le surhomme ? N'est-ce qu'une répétition ? Question aussi plus cruelle : pourquoi en revins-je toujours à Nietzsche, moi qui l'ai si peu lu ?

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 MessagePosté: 01 Nov 2017 19:54      Sujet du message: Re: Lecture
 
Mortel évolué
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Kyahahahahahaha

'Or donc' après toutes ces années, nous te retrouvons enfin Sempaï !

Mes efforts n'ont pas été vains !

#HappyHalloween

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 MessagePosté: 07 Nov 2017 22:00      Sujet du message: Re: Lecture
 
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"Le paradis, à n'en pas douter, n'est qu'une immense bibliothèque" G. Bachelard.

"Toi qui entre ici, abandonne toute espérance."
~ La Divine Comédie, Dante.


~ * ~

Cela faisait longtemps qu'Aristide cherchait la Vérité, et il ne lui manquait pas d'une raison d'aller à Ritualia pour y rencontrer des étudiants susceptibles de présenter les mêmes aspirations.
Il n'était d'ailleurs pas philosophe mais professeur d'histoire : la philosophie était sa passion, "vivre 'pour' et non 'par' la philosophie" lui paraissait une évidence, un signe d'authenticité auquel souscrivait également son ami Celimbrimbor, bien qu'en cela il était lui aussi une exception.

Mais depuis quelques temps, il se sentait essoufflé, comme s'il avait fait le tour de la question...
Ses études historiques avaient-elles abouties ? Elles ne présentaient plus le même attrait que dans ses jeunes années, et parfois, il ne pouvait s'empêcher de se remémorer cette phrase du Crime et Chatîment de Dostoievsky : "Il nous a plu, à nous autres, de vivre des pensées étrangères, et nous en sommes saturés".

Chemin faisant, tout en se hasardant parmi ses pensées, il ne s'était pas rendu compte qu'il se dirigeait désormais vers un lieu tenu secret, duquel émergeait un manoir désaffecté entouré par une forêt dense.
Comment était-il arrivé là ? Nulle réponse.
"Aurais-je été attiré vers ce lieu sinistre par quelque force occulte ?", se demanda-t-il, quand la porte de l'immense manoir s'ouvrit lentement ...

~ ** ~

- Toutes mes félicitations pour être parvenu jusqu'ici. Soyez le bienvenu dans mon humble demeure.
Pour achever le sombre tableau, dont l'épaisse forêt d'épicéas, tous plus étranges les uns que les autres, constituait le cadre, l'être qui se présentait comme le propriétaire des lieux fit une étrange impression à notre héros : impossible de lui donner un âge, impossible de lui attribuer un genre.
Il portait une blouse blanche et de grands gants noirs, à la façon de ces savants fous anachroniques d'après-guerre.
"Ridicule", se dit tout d'abord Aristide, "Ridicule... Mais effrayant." Une idée lui traversa brièvement l'esprit : "le Diable revêt toujours un aspect ridicule : cela fait partie de sa ruse".
L'aspect globalement malsain de la situation lui donna aussitôt envie de ne pas engager la conversation et de partir au plus vite.
- "C'est à dire que... Je ne suis pas venu spécialement ici pour vous rencontrer... Je me promenais quand...", balbutia Aristide.

Soudain, deux femmes, une à chaque côté, le saisirent fortement par les bras.
Deux femmes ? Non, deux zombies ! Elles n'avaient plus de visage et semblaient se mouvoir comme des automates désarticulés, mais leur force était surhumaine : impossible de s'échapper de leurs étreintes !
Des tenues d'infirmières, mais tachées de sang et trop courtes, donnaient à ces cadavres ambulants un effet salace du plus mauvais goût.
- Succubes... Ne malmenez pas notre hôte! Son cerveau m'est très précieux...Héhéhé.
Irrésistiblement entraîné par les mortes-vivantes dans le manoir, la porte se referma lentement, dans un épouvantable grincement, derrière Aristide.

~ *** ~

Le savant fou voulait manifestement faire visiter son horrible demeure, glauque au possible, à son invité; pendant que celui-ci, contraint et forcé par les succubes, le suivait à travers un infini couloir sombre. "Impossible de se dégager, elles sont trop fortes, elles ne sont pas... humaines", frissonna ce dernier tout en regardant autour de lui :
Quelques lampes au plafond, mais placées bien trop haut pour un être humain, éclairaient le couloir d'une lumière verdâtre, des murs gris anthracite où couraient des rats énormes et des araignées qui se déplaçaient furtivement pendant que le groupe s'avançait, l'atmosphère froide et humide... Le savant engagea la conversation.

"Cela fait bien longtemps que je ne fréquente plus les salons de Ritualia.
Vous savez, pour débattre sur 'ces choses que l'on aime, ces choses que l'on n'aime pas'... Comme s'il y avait aspiration au plaisir.
Le plaisir apparaît quand est atteint ce qui était visé : il accompagne, il ne meut point.
Voyez plutôt à quel endroit maudit m'ont réduit les habitants de Ritualia : la Forêt Maléfique du Monologue.

Ils ont dit de moi que j'étais malade, ils ont ri de moi ! Mais je vais leur montrer... Je les détruirais tous !

La philosophie a toujours été la recherche volontaire des aspects les plus infâmes de l'âme humaine... Mais, en lieu et place de la dialectique, à seule fin d'élever ma volonté de puissance."
Sur ce mot, le savant fou se retourna vivement vers Aristide, épouvanté, "Zarathoustra est l'ami des méchants. Par conséquent, Zarathoustra n'est pas le Surhomme! Kyahahahahahah!"
"Pure folie!", pensa Aristide, "comment vais-je bien pouvoir échapper à... Cet enfer ?"

~ **** ~

Il paraissait de plus en plus invraisemblable que ce scientifique malsain ait pu avoir un jour une quelconque pensée humaniste.
Aristide hasarda une question pour tenter de déceler une faiblesse du personnage, peut-être lui restait-il encore une once d'âme ?
"Je pensais que vos études sur l'esprit vous faisait considérer les qualités intrinsèques de l'Homme ... Intentionnalité, préméditation, délibération..."
- "Si vous étiez sur le point de percer le secret de l'âme humaine, vous penseriez différemment : tout cela n'est en rien contradictoire avec la négation du libre-arbitre.
Les qualités humaines sont comparables à un feed back. L'Homme agit selon un déterminisme absolu, et en cela l'Europe rejoindra bientôt les vues du fatalisme asiatique; la Science même entraînera inexorablement les Hommes vers des vues fatalistes et déterministes.

L'Homme, l'animal qui a survécu aux plus terribles maladies, mérite par ce fait seul sa prépondérance sur les autres espèces.
J'ai passé des années à étudier l'âme humaine, reprit le savant, et je n'ai jamais eu la moindre considération pour la philosophie en tant que chose en soi, mais au contraire pour les philosophes, malades par excellence."

Les restes d'un squelette humain, attaché au mur par les poignets et aux chevilles, fixait Aristide de ses orbites vides et semblait se moquer de lui à travers un sourire cadavérique.

~ ***** ~

C'est alors qu'une énorme lampe au plafond éclaira davantage le couloir : toute une rangée de squelettes s'étendait désormais le long du couloir sur des dizaines et des dizaines de mètres.
- "Ces malheureux... Ce sont... Des philosophes ?", interrogea Aristide
- "Rien que des expériences ratées... Les philosophes sont des ascètes, des prisonniers volontaires.
Parce qu'ils expérimentent la même méthode, ils obtiennent le même résultat : ressembler à une poule autour de laquelle on a tracé un cercle à la craie, et qui désespère de ne pouvoir en sortir.
Voilà ce qui arrive quand on fait du 'Tout est dans tout', au lieu du Μηδὲν ἄγαν, sa devise. Autant que possible, rétrécissement et renforcement de la culture et de l'éducation.

Celimbrimbor parle d'exhumation pour qualifier notre science moderne, c'est bien trouvé, non ?
J'étudie moi-même la Nécromancie. Héhéhé.
Mais les forces occultes n'aiment guère que l'on joue avec elles : comme le feu, il arrive assez fréquemment qu'elles nous consument de notre vivant..."
- "... Jusqu'à vous cramer la cervelle, espèce de vieux fou!", s'écria Aristide qui cherchait à travers l'humour un dernier moyen de se rassurer.
- "Oh. L'humour pour faire taire une angoisse." Le savant fou plongea ses yeux inhumains dans ceux d'Aristide : "Socrate, mon jeune ami, était lui aussi plein d'humour et d'ironie... Parce qu'il était un grand pessimiste. Le développement de l'esprit va de pair avec la sensation du vide de notre existence.
La philosophie pessimiste, loin d'être opposée à l'optimisme, est la question du sens de l'existence.

Aristide se troubla à cette idée : la Science, qui n'est autre chose que l'étude des phénomènes avérées par des faits, ne pourra jamais apporter une réponse satisfaisante et intégrale.
On ne peut interroger la science qu'avec la morale, ensemble.
Alors il comprit que toutes les études du savant, presque entièrement dirigées vers le 19ème siècle, le siècle du pessimisme européen, n'avaient en vue que de caractériser, d'un point de vue psychologique, ceux qui s'étaient, avant lui, interrogés sur le problème du sens et surtout sur le problème de l'absence de sens...

~ ****** ~

Le scientifique reprit sa marche, bientôt suivi par l'étrange trio.
Les succubes, complètement déshumanisés, semblaient obéir de manière inconsciente, comme dirigées par une force surnaturelle.
Ils arrivèrent bientôt devant une énorme porte métallique blindée avec un hublot noir.
Des hurlements, à glacer le sang, tristes mais féroces, se firent entendre de derrière la porte.
Peu après, plusieurs autres hurlements et cris inhumains commencèrent à répondre en écho depuis différents endroits de l'immense couloir, d'où l'on pouvait distinguer semblables portes.

- "Kyahahahaha! Surpris ? Voilà le Surhomme ! 'Notre' surhomme !"
- "Le Surhomme", s'écria Aristide, "qu'est-ce que cela? Qu'est-il en réalité ?"
- "Toute culture créée d'elle-même le surhomme : la vertu ni le génie ne s'enseignent.
Comment les Hommes peuvent-ils s'imaginer un seul instant que la Science les améliorera ?
Notre civilisation est la contre-Renaissance, l'anti-culture par excellence.
Notre surhomme, par conséquent, est la créature la plus dégénérée.

Dieu est-il exempt de Sa Présence ? Le Surhomme ne peut advenir qu'en Son Absence !
Muahahahahahah !"

~ ******* ~

Un profond malaise s'empara d'Aristide :
"Si l'idéal de l'humanité, qui est au coeur de toute morale, qui est le fondement même de toutes nos institutions, est en réalité la chose la plus dégradée, alors vers quoi tendons-nous, de manière concrète... Faisons-nous dégrader l'humanité à chacune de nos avancées scientifiques ? Comme si, plus nous avancions, plus nous reculions d'autant du même coup...?
Non, c'est impossible! Cela serait nier tout le progrès atteint jusqu'ici par toutes les cultures successives..."

C'est alors que vint à notre héros l'idée d'évoquer Celimbrimbor, l'ami d'autrefois, dans l'espoir, s'il était encore possible, de ramener le scientifique fou à la raison.
- "Le Surhomme n'a-t-il pas pour tâche d'élever l'Homme. De le justifier ?
Avez-vous lu le magnifique texte de Celimbrimbor sur le fait d'être humain à travers l'acceptation de l'histoire, pour le rendre libre, noble, vrai, beau, bon ?
Oui, il est impossible que vous ne l'ayez pas lu, je sais que vous partagez ses vues...
Pourquoi pas un Club de lecture, présidé par Celimbrimbor, vous pourriez l'assister et nous aider... Je veux dire... Moralement..."

A ce seul mot, le savant fou s'arrêta net.

- "Un grand esprit doit reconnaître graduellement sa vocation et son attitude vis-à-vis de l'humanité, étant amené à devenir conscient qu'il ne fait pas partie du troupeau mais des éducateurs de la race humaine. Alors s'impose à lui de ne pas limiter son action immédiate et certaine au petit nombre d'individus que le hasard a placé devant lui, mais de l'étendre à l'humanité, afin de pouvoir y atteindre les exceptions, les élus. Et cela, à travers l'Ecriture."
Mais, alors qu'il parlait comme s'il récitait un texte appris par coeur, il fût saisi par une crise d'hystérie.
Ses paroles s'apparentait alors moins à une tirade philosophique qu'à une divagation d'esprit dérangé.

~ ******** ~

- "La Tragédie grecque célébrait, à travers l'acte odieux des Bacchanales, le Grand Tout : Rien n'était 'mauvais'.

Les artistes de la Renaissance, jouant avec les images de la religion chrétienne, comme d'une matière première, exprimaient l'idée que les européens de cette époque avaient surmonté les valeurs chrétiennes du Moyen-Age. Que l'on consulte Machiavel : la vertu se fait virtù, scélératesse, le pire vice ! César Borgia, pape !

Notre art moderne ? Un moyen d'expression de l'affect, un exutoire, une thérapie !

L'artiste ne se mesure pas d'après les beaux sentiments qu'il éveille, il n'y a que les idéalistes dégénérés pour croire cela :
l'art, comme la passion, méprise de plaire (n'est pas beau), oublie de persuader (n'est pas vrai), n'éduque pas (n'est pas bon).
L'art est sacrilège.
... Et Celimbrimbor, comme Platon avant lui, comme tous les philosophes, a été corrompu par Socrate.

Jésus, Bouddha, Socrate... Qu'étaient-ils en vérité ? Non pas des esprits libres, des esprits forts en opposition avec leurs siècles, mais des cas de plus en plus fréquents, conséquemment au développement de la civilisation : Rome envahie par plein de Jésus, les martyrs; l'Asie envahie par plein de Bouddhistes.

"Le saint", comme idéal, traduit simplement le fait que la classe dégénérée, désormais majoritaire, en opposition avec la thèse de Darwin qui prône la survie des plus forts, a atteint la prépondérance et se considère désormais comme le but de l'humanité.

La décadence de la culture européenne, notre civilisation moderne, se remplit tous les jours d'individus 'objectifs', leurs besoins vitaux ne sont pas dans leurs activités, le sage considéré comme idéal est un accord de principe entre tous ces dégénérés.

Et maintenant consultez le texte de Celimbrimbor ! Ne veut-il pas 'le saint ?' Le responsable ultime, l'Atlas qui supporte le poids du monde ?
Mais cela ne se fera pas dans la légèreté mais au prix des plus lourds sacrifices."

Le savant fou semblait perdu dans ses pensées.

- "Notre science peut bien s'enorgueillir à tourner autour des 'faits', elle n'en demeure pas moins liée à un sens moral : sans expérimentation d'un ordre supérieur, croyez-vous vraiment que nous ferons des découvertes, alors que notre éthique bloque absolument toutes les questions de jugement de valeurs ?

Il est impossible que l'Homme atteigne à la Vérité, car quand ce jour arrivera, il sera un autre."

~ ********* ~

Du fond du couloir obscur, des hurlements impatients commencèrent à se faire plus bruyants, plus lancinants;
on frappait maintenant de tous côtés contre les portes, de plus en plus fort...
- "Qui s'exprimait ainsi avec une telle violence ?", se demandait Aristide, "Ou plutôt 'Quoi' ?"
Il n'en pouvait plus de toute cette folie. Il devait absolument s'échapper de ce laboratoire où des expérimentations inhumaines avaient finalement conduit à mettre en lumière la part sombre de l'humanité.

- "Si je dois être prophète en quelque manière", reprit le docteur, "je vous condamne vous et toute votre pseudo-culture : même la civilisation la plus avancée techniquement montrera ses limites en ne permettant pas aux esprits forts de s'exprimer autrement qu'en actes terroristes. Dixi."

Soudain, une porte éclata sous la pression des coups répétés. Une créature hideuse commença à s'extirper pour se diriger lentement vers le couloir.
Puis une autre porte éclata. Puis encore une autre. Des dizaines de créatures horribles se traînaient maintenant le long du couloir, comme attirées par notre héros dont la terreur atteignaient son comble.

Un des squelettes, qui n'était en fait pas mort, commença à manifester lui aussi l'envie de s'échapper.
Le pauvre être, qui n'avait d'humain que le nom, n'avait presque plus de chair et gémissait de peur et de souffrance.
Mal lui en pris : l'une des créatures lui arracha la tête et la dévora.

- "Kyahahahahah ! Voilà l'avenir des philosophes et de tout système philosophique !", éclata de rire le démon scientifique, inconscient d'un danger que rien ne saurait désormais arrêter.

Alors, dans un sursaut, profitant de l'effet de surprise occasionné par les monstres sur les infirmières spectrales, Aristide parvient enfin à s'échapper, et, courant jusqu'à la sortie du labo, ouvrit violemment la porte pour s'enfuir le plus loin possible de ce lieu maudit, pendant que résonnait derrière lui un rire méphistophélique.

- "Laissez-le partir ! Il ne faut pas contraindre l'oiseau dont les pensées se tournent vers l'espoir : il propage la Bonne Nouvelle.... Muahahahahahah !"

"Trouver Célimbrimbor", pensa Aristide, "le plus vite possible ! Pourvu que j'arrive à temps... Il ne faut pas que ce génie du mal parvienne à ses fins : à aucun prix ses créatures démoniaques ne doivent envahir Ritualia !"

~ ********** ~

Plus Aristide courait, plus il se perdait.
"Où est la sortie ? N'a-t-elle pas d'issue ? Cette Forêt du Monologue serait-elle vraiment frappée d'une malédiction, ainsi qu'on le prétend à Ritualia ?"

Il commençait à réfléchir à toutes les horribles choses qu'il avait vues et entendues.

"La Science n'est pas un problème, encore moins une solution, rien qu'une conséquence : la volonté de vérité est issue de l'esprit objectif, lui-même s'appuyant sur le sens moral.
...Mais alors le sens moral n'est rien d'autre que l'expression d'un besoin métaphysique ?"
Une angoisse terrible le saisit.
"L'absurdité de l'existence, serait-ce cela l'Eternel Retour ? Alors il n'y a pas d'issue ! Notre science rendra l'Homme toujours plus insignifiant....
Grain de poussière dans l'infini, absurde à tous les sens du terme...."

C'est alors qu'il se réveilla de ce qui n'avait été qu'un horrible cauchemar.

... Fin ?

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 MessagePosté: 07 Nov 2017 22:37      Sujet du message: Re: Lecture
 
Angel
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Beau boulot.
Jolie fanfiction !

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 MessagePosté: 10 Nov 2017 15:46      Sujet du message: Re: Lecture
 
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^_^
Merci Mon Héros !

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 MessagePosté: 12 Nov 2017 10:12      Sujet du message: Re: Lecture
 
Archangel
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Joli pastiche de Dracula.

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 MessagePosté: 14 Nov 2017 17:23      Sujet du message: Re: Lecture
 
Mortel évolué
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^_^
Merci Mon Sempaï !

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